Fonds Régional d'Art Contemporain de La Réunion

la programmation

  • D'un soleil à l'autre, 2017

dans les murs

ECHO Exposition

Lieu
Maison Bédier, FRAC REUNION
Du 3 septembre au 5 novembre 2017
Horaires
mercredi, jeudi, samedi, dimanche
de 10h à 12h et de 14h à 17h
Vernissage
le samedi 2 septembre 2017
Documents à télécharger
Livret_pédagogique-ECHO-bd.pdf (4.9MB)

ÉCHO

Thierry Fontaine

L’exposition
réunit une centaine de pièces photographiques dont une partie est projetée.
Elles se déploient sur deux lieux : au Frac Réunion et à la Cité des Arts.
Cette vaste monographie (1995-2017) met au jour les ressorts d’une démarche qui
explore le monde dans sa diversité, sa complexité et ses ambiguïtés. Écho souligne les
multiples dimensions d’une œuvre à géométrie variable qui investit l’extérieur
et l’intérieur de la Maison Bédier, une demeure du 19e siècle à
Saint Leu, et l’architecture contemporaine de la Cité des Arts à Saint-Denis,
deux approches qui entrent en résonance.

Au milieu des années 1990,
après des études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg,
Thierry Fontaine adopte un parti pris décisif. Il construit le projet d’une
œuvre dont l’objet n’existe que sous la forme de photographies. Dès lors, c’est
en utilisant la force constructive et la puissance révélatrice du médium
photographique qu’il « expose » ses propres travaux, lesquels
relèvent de la sculpture, du geste et de l’action. Chacune de ses images,
souvent de grand format voire de très grand format, est le fruit d’une
recherche dont la mise en scène photographique, rigoureusement pensée, ouvre un
espace réflexif sur la contemporanéité du monde dans lequel il agit.

Marqué par les pionniers
de l’art conceptuel, du Land Art et de l’Arte Povera, Thierry Fontaine occupe
un champ élargi de la sculpture. Ses prises de vue attestent d’expériences
vécues, de faits et gestes qui mobilisent le corps, l’espace et le temps.
L’ensemble de ses travaux s’inscrit résolument en extérieur dans des sites
choisis, paysages maritimes, zones forestières ou milieux urbains. Toutefois,
les cadrages centrés et serrés sur ses sujets suppriment toute possibilité de
localiser ces lieux.

A l’opposé de ses actes
sculpturaux enracinés dans le divers, la pluralité et la variabilité, la
photographie unifie l’ensemble des œuvres de l’artiste. Imprévisibles, habitées
par l’énigme ou le paradoxe et rétives aux logiques du classement, elles
cultivent des registres contradictoires. Leur caractère documentaire ne prive
pas l’artiste d’un recours aux genres traditionnels de la photographie, non
sans en défier les principes.

L’unique photographie de paysage existante à ce jour est présentée à la Cité des Arts. Délaissant
l’immensité d’un littoral sans doute spectaculaire, elle ne découpe qu’une
minuscule superficie de la mer, à peu près ronde comme une île – peut-être
celle de la Réunion - cadrée par les doigts d’une main floue.

Les portraits, nombreux, fixent et figent des corps en action. Certains ont des visages d’agile et de
plâtre à peine modelés. Privés de sens et de parole, ils sont inachevés tels
des ébauches des figures de Prométhée, inventeur de la statuaire et créateur de
l’humanité. L’artiste est-il l’acteur ou
l’opérateur de ces images ? L’ambiguïté demeure, en revanche ces corps, livrés
au rituel de la création, ne sont pas non sans évoquer la construction complexe
de l’identité réunionnaise.

Quant aux natures mortes, elles obéissent aux conventions d’un genre lié à la vie et à la mort, sauf à composer
des alliances insolites comme ces cœurs d’animaux qui s’accrochent au pied d’un
arbre vivant ou ces oursins greffés sur une paire de chaussures de ville (à la
Cité des Arts). Qui plus est, elles mettent en scène une nature dénaturée,
voire transfigurée. Là, un noir de jais a colonisé un parterre de fraises,
ailleurs une opération alchimique a transmué en or des bouteilles en plastique,
des poissons du marché ou, à la Cité des Arts, le squelette d’un être humain
qui repose pour l’éternité sur un lit de verdure.

Les œuvres récentes de Thierry Fontaine sont des nus : une série de torses modelés et moulés.
Photographiés en extérieur à la lumière du jour, ces sculptures n’ont d’autre
contexte que les deux dimensions de la surface photographique, neutre et
blanche comme un White Cube. Ces
prises de vue pourraient provenir des archives d’une mission archéologique mais
l’importance donnée aux sexes féminins et masculins les exclues de l’art
antique.

Certaines images, fidèles à la photographie ethnographique, témoignent de la richesse d’un artisanat
vernaculaire surprenant. Mais moins intéressées par les « fabricants de
rêves » que par les objets - phallus en bois, Tours Eiffel en perles ou en
coquillages (à la Cité des Arts) ou ballons de football en noix de coco -,
elles vacillent dans la photographie de voyage.
En toute contradiction avec ces clichés, on peut voir le portrait d’une
femme noire, entourée d’une multitude de squelettes en perles à taille humaine
qu’elle semble avoir réalisés. Curieusement, elle reprend la pose de La Pietá de Michel-Ange. L’irruption de cette référence biblique du 15e
siècle italien remet en jeu les écarts entre art et artisanat, entre
représentation actuelle et un passé lointain dont la puissance symbolique est
capable de réduire une distance culturelle apparemment infranchissable.

L’artiste, auteur ou concepteur des objets qui habitent ses images, les détruit systématiquement
lorsqu’ils ne disparaissent pas d’eux-mêmes telles les sculptures de nus, ou
certains phénomènes éphémères comme ce feu de nuit alimenté par des ampoules
électriques.

Inépuisables, les capacités réalistes de la photographie nourrissent constamment une fiction du
réel. Elle peut être augmentée par des reflets de miroirs. Brisés ou constellés
de gouttes noires et or, les miroirs renvoient de l’irréalité, des paysages
fragmentés, des mondes oniriques et poétiques. Ces lieux, retravaillés et
déplacés par la photographie, étendent notre champ de vision et démultiplient
les approches de notre environnement.

A l’évidence, la photographie comme dispositif constructif et la sculpture comme expérience
productive font alliance dans l’œuvre de Thierry Fontaine. En conjuguant ces
deux médiums, il peuple le monde de curieuses réalités dont le sens, suspendu
entre énigme et paradoxe, s’offre au jeu infini de l’interprétation.

Dominique Abensour


Commissaire de

l’exposition : Dominique Abensour

Cette exposition est le
fruit d’un partenariat entre le Fonds régional d’art contemporain de La Réunion
et la Cité des Arts de La Réunion.

Elle a reçu le soutien de
La Fondation PMU.

Thierry Fontaine est
représenté par la Galerie les Filles du Calvaire, Paris.

Thierry Fontaine remercie
Raymond Barthes, Jacques Kuyten et Yoyo Gonthier, ainsi que Jacques Bousquet,
Olivier Fontaine et Alain Padeau.

La seconde partie de l’exposition est présentée à la Cité des Arts à Saint-Denis.

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